[Zaurak] Histoire et Journal de bord

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Zaurak
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Re: [Zaurak] Histoire et Journal de bord

Message non lu par Zaurak » 25 janv. 2019, 21:33

Journal de Zaurak Icewind
Vingt-quatrième soleil de la cinquième lune astrale


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Cette soirée a été riche en enseignements… et en émotions, encore.
Je suis allé trouver Kyuuji chez lui, espérant qu’il serait seul et que je pourrais m’assurer de sa bonne santé. Il s’arrange toujours pour détourner la conversation sur les autres, mais je pressentais qu’il avait lui aussi besoin d’aide.
Kyuuji habite une petite maison coquette de style oriental nichée sous une cascade à Lavandière. Le jardin mélange les influences et offre un lieu paisible et calme. Le salon où j’ai été reçu abrite une grande bibliothèque et une cheminée, ainsi qu’un jardin intérieur créé par Gaelle, l’épouse de Kyuuji.

Devant une tasse de thé, j’ai d’abord interrogé Kyuuji sur les divinités orientales, ces Kami dont j’ai plusieurs fois entendu le nom, mais que j’ai du mal à cerner.
Il m’a expliqué que ce sont à la base des créatures mortelles, que leurs particularités élèvent au-dessus de leurs congénères et qui obtiennent au fil du temps des pouvoirs grâce à la vénération de leurs fidèles. Ce sont des animaux, mais Kyuuji a rapproché cela de l’histoire de Cœur de Glace, la femme devenue déesse en Ishgard.
J’ai fait remarquer que cela ressemblait au culte des primordiaux, ce qui m’a valu une réponse inattendue. Kyuuji m’a dit que toutes les divinités pouvaient devenir des primordiaux, si elles recevaient suffisamment de dévotion de leurs fidèles. C’est l’énergie émotionnelle et la force de la foi qui nourrissent les dieux.
Les Kami cependant ont très peu de chances –ou de risque- de gagner un tel pouvoir, car ils sont multiples et nombreux. Un village en vénère plusieurs, ce qui répartit le pouvoir conféré. Les Kami peuvent entrer en compétition, mais leur nature veut qu’il se forme un équilibre et si l’un d’eux abandonne ce pacte et devient trop puissant au détriment des autres, il est tué par ses fidèles.
J’ai bien vu que cette partie de l’histoire mettait Kyuuji mal à l’aise, mais j’étais pour ma part abasourdi par les implications de ce que j‘entendais.
Il m’a ensuite parlé du kami de son village, celui qu’il protège. C’est un kami très vieux, qui a l’aspect d’un loup ailé aux couleurs du vent. Kyuuji l’aide à ne pas succomber à son Aramitama. Ce mot désigne la colère, l’aspect négatif et sombre du Kami qui fait écho à sa bienveillance.
Kyuuji aide son Kami en canalisant lui-même une partie de cette colère. Mais faire cela le blesse.

Il a ensuite mentionné un sceau posé sur lui pour l’empêcher de ressentir de la colère contre lui-même.
En creusant un peu le sujet, j’ai appris que Kyuuji avait été ainsi protégé par son père à l’âge de treize ans et que cela serait lié à la mort de sa mère. Il ressort de ce que je lis entre les lignes de ses confidences que le jeune raen a tenté de se suicider, mais il ne sait pas ce qui l’a poussé à une telle volonté d’autodestruction, car le sceau enferme aussi ses souvenirs des évènements déclencheurs. Personne dans son entourage n’a voulu lui révéler la vérité sur ce qui est enfermé en lui.
Je lui ai fait remarquer que son extrême dévouement aux autres pourrait être le fruit de cette volonté refoulée d’en finir avec la vie et aussi que le sceau enfermait en lui depuis des années une grande quantité d’énergie négative qui devrait bien finir un jour ou l’autre par ressortir et j’ai suggéré qu’il s’applique à lui-même le traitement qu’il applique à son Kami.
Il a refusé d’impliquer une autre personne, révélant que sa femme le lui avait déjà proposé.

J’ai alors changé d’approche.
Puisqu’il stocke en lui une grande quantité d’énergie, il faut la faire sortir et la neutraliser.
Je ne connais que deux manières de procéder. Soit on consomme à la source, ce qui produirait des effets dévastateurs dont il est moralement et magiquement incapable, soit on transforme cet ether altéré en une énergie moins agressive qui pourra être diffusée sans danger. Passer cela au filtre de ses pouvoirs de mage blanc, en quelque sorte.
J’ai souligné qu’il peut contrer cette force néfaste avec l’amour que lui porte Gaelle et l’affection de ses amis. Je l’ai vu esquisser un sourire et reprendre un peu de confiance, tandis qu’il plongeait en lui-même pour sonder le sceau. Le résultat l’a rendu à ses doutes.

Ce que le sceau contient est puissant. Alors il faut tenter de l’affaiblir avant de le libérer. Cela peut être fait de deux manières. Soit par Kyuuji lui-même, en puisant dedans comme il est habitué à le faire quand il puise dans la force de la nature. Soit par un apport externe d’ether positif, que son épouse et ses amis pourraient fournir.
L’idée de puiser dans le sceau puis de diffuser doucement cette énergie dans la nature lors de ses méditations a paru séduire le raen.

Il s’est alors mis à m’expliquer comment était conçu le sceau, avant de me montrer un schéma.
Son père est manifestement un arcaniste doué. Le sceau est double, la partie interne enferme le souvenir et la colère et la partie externe est une coquille isolante qui s’autoalimente. En théorie, une telle structure est indestructible tant que Kyuuji reste fidèle aux valeurs morales et émotionnelles sur lesquelles le sceau a été construit.
La conception est remarquable, basée sur trois piliers progressant de l’individu au peuple, puis s’élargissant à l’universalité du divin. J’ai expliqué ce que je comprenais de cette construction à Kuuji, espérant que cela l’aiderait.
Les trois piliers du sceau peuvent devenir des canaux, par lesquels Kyuuji pourrait puiser dans le cœur de colère sans toucher à la structure de base. En s’harmonisant avec les trois axes simultanément il sera protégé par leur énergie positive, et quand il aura puisé assez de la colère pour qu’elle commence à l’affecter cela brisera l’équilibre et coupera les conduits, évitant qu’il ne puisse en laisser sortir plus qu’il ne peut en contrôler.

Il m’a dit qu’il allait s’entrainer à méditer avec cette orientation, mais il est sur les nerfs. Je lui ai conseillé d’aller se défouler avec une dose mesurée d’exercice physique en pleine nature.

Avant que je ne parte, il m’a fait une proposition inattendue. Il m’a offert de me montrer le sceau, en liant mon ether au sien. Un voyage dans sa conscience.
J’étais un peu inquiet sur les possibles effets de ce genre de transfert sur mon organisme modifié, mais je n’ai rien remarqué de particulier au départ. J’ai laissé mon ether couler vers lui via un contact entre nos mains, et mon esprit a plongé dans le sien, comme aspiré. La sensation ressemble un peu à ce qui se passe quand on voyage par etherite.
J’ai vu Kyuuji, je me suis vu moi-même projeté dans son esprit, une image que j’ai pu stabiliser. Puis nous avons approché du sceau et une femme s’est interposée. Une raen aux yeux bleus et aux cheveux bleu-vert, jeune mais maladive, maigre et pâle. La mère de Kyuuji. Elle nous mettait en garde, mais Kyuuji l’a traversée et elle a disparu. Souvenir inconscient ou gardien délibéré, impossible à dire.
J’ai alors vu le sceau, semblable au dessin, rayonnant d’énergie. Mais j’ai aussi vu ce qu’il enfermait, une masse grise informe et mouvante, malsaine, grouillante.
La simple perception de cette énergie m’a tordu les tripes et a mis instantanément mon corps en alerte. Je dois l’admettre, cela m’a terrifié, davantage que tout ce que j’ai pu voir, y compris le Néant.

Je vais faire tout ce que je pourrai pour aider Kyuuji à se débarrasser de cette chose qui le ronge comme un cancer, mais je pense que nous aurons besoin du savoir d’Arei. Lui sait comment on gère les ténèbres des émotions humaines. Moi pas.
Modifié en dernier par Zaurak le 19 févr. 2019, 13:29, modifié 1 fois.
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Zaurak
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Re: [Zaurak] Histoire et Journal de bord

Message non lu par Zaurak » 25 janv. 2019, 23:23

Journal de Zaurak Icewind
Quinzième soleil de la cinquième lune ombrale


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Un autre sujet est venu monopoliser mon attention dans la foulée de notre étude de Pakhem. Finaen est venu me rendre visite, et m’a révélé que Kyuuji n’arrivait plus à méditer. Seule l’aide de Gaelle lui apportait un peu de réconfort.
Finaen m’a aussi appris qu’il avait modifié le sceau de Kyuuji avec l’aide de Gaelle et Ume, parce que des contradictions apparaissaient suite à une modification antérieure et que l’ensemble menaçait de se rompre.
Je n’ose imaginer de toucher à une structure aussi sensible, surtout avec ce qu’elle renferme. C’est une bombe à retardement. Finaen m’a confirmé que d’après les proches de Kyuuji, c’est bien la mort de sa mère d’une maladie incurable qui est à la source du sceau, avec la rancune féroce contre lui-même que Kyuuji a développé suite à son impuissance à la sauver.
Finaen dit que si Kyuuji n’a pas attenté à sa vie c’est juste pour pouvoir prolonger le châtiment qu’il s’infligeait. Si cela est vrai, cela témoigne d’une profondeur dans le désespoir et le mépris de soi qui explique ce que j’ai vu et ressenti en approchant du sceau. Cela explique aussi l’ampleur de sa dépression actuelle. Il doute, donc le sceau faiblit et ce qu’il contient doit s’insinuer dans l’âme de Kyuuji, ébranlant plus encore ses convictions et ses repères.

J’ai donc décidé de rendre visite à Kuuji, et de voir si je parvenais à l’aider. Le résultat a dépassé mes attentes.

J’ai d’abord discuté avec lui et vite compris qu’il bloquait sur le second pilier. L’humanité le déçoit et la frustration qui en résulte lui est douloureuse, à la fois au niveau personnel car elle lui renvoie un sentiment d’inutilité et de vide et au niveau plus global parce qu’il se sent isolé, perdu au milieu d’êtres qu’il ne comprend pas et dont il ne perçoit plus que les aspects négatifs. Il m’a parlé d’une cage de verre où il se sent prisonnier, incapable de communiquer et d’agir.
J’ai tenté de l’amener à regarder sa situation autrement, de renverser ses polarités. Je lui ai montré une lanterne, pour qu’il se voie comme la flamme, enfermée dans le verre, mais qui parvient à diffuser sa lumière au-delà et qu’il réalise que cette cage isole aussi ceux qui l’entourent, tout dépendant du côté de la paroi où on se positionne.
Je lui ai demandé de repenser à ces personnes qui l’avaient blessé et d’essayer de voir du bon en eux. Je sais qu’il en a la capacité, car son cœur est pur et son altruisme réel.
Il a réussi à prendre ce recul, mais cela n’a fait que remplacer sa frustration par de la tristesse, alors que je lui disais de renoncer à vouloir sauver le monde entier pour plutôt concentrer ses efforts sur ceux qui étaient disposés à accueillir ses enseignements et à grandir sous son regard.
Je lui ai confié mon propre regard, l’amenant à réaliser que les émotions et les comportements qu’il considère comme des forces sont vues par beaucoup de gens comme des faiblesses et qu’il faut du courage pour agir comme il le fait.
Il progressait, mais il fallait trancher dans le vif. Nettoyer cette gangrène qui le rongeait et pour cela il fallait le feu pur de son pouvoir, à condition d’arriver à le réveiller. Je décidai donc de tester sur lui le rituel de visualisation alchimique que j’avais mis au point à Gridania, en observant les élémentalistes. L’idée était d’associer les trois éléments Eau, Terre et Vent aux trois piliers du sceau de Kyuuji, pour ranimer son lien perdu avec son pouvoir.

Nous sommes sortis dans le petit jardin de sa maison et je lui ai demandé de me montrer son lieu favori. Il m’a conduit au banc sous le cerisier, près d’un bassin et d’une fontaine orientale de simple bambou. Le lieu était serein et parfait, lui-même a paru se détendre dès qu’il s’est assis sur le banc et j’ai vu son ether s’apaiser. Il m’a révélé que ce jardin avait été créé quand il était aveugle et je l’ai encouragé à fermer les yeux et retrouver ses sens de l’époque pour mieux se détacher des pensées qui polluaient son essence. J’ai alors vu son ether étendre lentement ses perceptions, mais très vite être bloqué par les sombres émotions qui le rongent et l’empêchent de se concentrer.

La suite a été un mélange de science et d’instinct.
Kyuuji fonctionne de manière émotionnelle et sensitive, avec une très forte empathie.
Je ne pouvais pas lui faire suivre le schéma arcanique qu’il n’aurait pas compris, je devais le conduire à le visualiser dans son esprit et à le ressentir dans son âme et son corps. Un procédé plus proche au fond des méthodes que j’avais vu Valoroix employer pour la magie noire, mais ce que j’ai observé ensuite m’a prouvé que la noire et la blanche obéissent à des codes très similaires.

J’ai commencé par l’Eau, l’élément fondateur, la source.
Kyuuji est peu à l’aise avec cet élément là, mais la proximité du bassin l’a aidé et j’ai joint mon propre ether tissé sur le glyphe rituel au sien pour l’aider et le guider. J’ai changé ma voix en incantation hypnotique, décrivant des images simples liées à notre environnement immédiat et modulant mon ether pour que Kyuuji ressente la circulation de l’énergie liquide en lui, captée depuis le bassin, purifiant et nettoyant son être avant de retourner à la Terre en emportant toutes ses pensées néfastes.
Cette fois il a réussi à s’harmoniser sans interruption et jugeant cet état préliminaire acceptable, je l’ai poussé vers le second palier de cette élévation psychique et magique, appelant la Terre pour la lier au second pilier de son sceau.
L’image de l’arbre de Vie ancré dans la Terre et nourri de l’Eau parlait fortement à Kyuuji, qui a saisi avec aisance les fréquences émanant des rochers qui soutiennent sa maison et du sol sous nos pieds, pour les nouer autour de sa taille comme un tronc robuste.
J’ai alors retiré toutes mes sondes pour le laisser progresser seul tandis que je poursuivais l’incantation, décrivant l’arbre qui porte les fruits de la sagesse et de la connaissance et dont la canopée abrite les hommes et la vie animale. Un tronc solide, des racines profondes pour la stabilité, un flux vital montant du sol vers le ciel.
J’ai alors vu Kyuuji se lever et son ether se déployer, concentré à la base de son corps et s’étendant autour de ses bras tendus. Un instant je me suis demandé s’il allait lui pousser des branches tant il était évident que cette fois il avait plongé sans retenue dans l’essence brute de son pouvoir.
Je l’ai laissé un moment profiter de cette extase qui semblait l’envahir, effaçant sa dépression et lui rendant sa force primitive. Mais je devais pousser plus loin, il était dans un état propice à la sublimation finale du rituel, celle qui le libèrerait totalement.
J’ai repris l’incantation, invitant Kyuuji à ressentir l’Arbre de Vie qu’il était devenu, ce gardien, ce protecteur, ainsi que l’eau vitale qui montait à travers lui vers le ciel et qui chauffée par la lumière du soleil devenait vapeur et Vent, s’élevant vers le troisième pilier, au-dessus, partout, l’énergie volatile de son âme. La force de sa Foi, qui associait le Vent à son Kami.
Comme s’il n’avait eu besoin que de ce signal, son ether noua des filaments de Vent aux gouttes d’Eau et à l’écorce de Terre, emportant l’ensemble dans une danse spiralée ascendante qui me donnait le vertige.
Je voyais mon ami emporté dans la transe de son pouvoir et je savais que je devais l’arrêter avant qu’il ne s’y perde, sans toutefois briser cette harmonie. Alors j’ai achevé l’incantation en ramenant le Vent vers l’Eau des nuages et de la pluie, fermant le cycle qui s’est apaisé et stabilisé, formant un motif ethéré circulaire régulier.
Kyuuji est resté un long moment plongé dans cette rotation fluide des éléments, revenant au sol pour mieux remonter vers le ciel, un peu plus serein à chaque cycle. J’en ai profité pour schématiser les flux que je l’avais vu construire, jusqu’à ce qu’il sorte de sa transe pour se tourner vers moi et me remercier.

Il a retrouvé son chemin. Maintenant il va pouvoir avancer et je me sens étrangement rempli de joie. Comme je le lui ai dit, il rayonne. Et il a fait de moi quelqu’un de différent. Meilleur probablement.
Il m’a également beaucoup appris par cette démonstration de son contrôle sur les éléments. Ce que nous avons réalisé me prouve que je peux utiliser mes schémas sur tous les éléments, qu’il s’agisse des forces destructrices du Feu et de la Foudre, des puissances primitives de la Terre et du Vent ou des froides profondeurs de l’Eau et de la Glace.
Il est temps que je retourne visiter ce miquote fantasque pour mettre ses concepts en pratique.
Modifié en dernier par Zaurak le 19 févr. 2019, 13:30, modifié 1 fois.
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Zaurak
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Re: [Zaurak] Histoire et Journal de bord

Message non lu par Zaurak » 25 janv. 2019, 23:24

Journal de Zaurak Icewind
Cinquième soleil de la sixième lune astrale


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J’ai passé deux semaines auprès du maître mage rouge, X’rhun Tia.
C’est un personnage haut en couleur, impulsif et passionné. Il incarne l’Art qu’il enseigne, union improbable de deux magies complémentaires et opposées. L’enseignement qu’il prodigue est fait de joutes spectaculaires, de longues conversations au comptoir d’un bar perdu dans le désert. Pour moi qui suis habitué à calculer et théoriser, cette approche a d’abord été perturbante et cela l’a beaucoup amusé.
X’rhun Tia est volatil comme le Vent, imprévisible comme la Foudre, impétueux comme le Feu et malgré tout solide comme la Terre. Il m’a enseigné des sortilèges tracés à la pointe de son épée dans l’air ou dans le sable. Jusque là je pouvais le suivre. Ce sont des sorts classiques de magie noire et blanche, adaptés à une utilisation par un homme armé d’une rapière.
La suite était d’un autre acabit. Il se mit en tête de m’apprendre à manier l’épée. Je dois admettre que je ne suis pas doué. Je n’ai jamais pratiqué le combat au contact et même si cette escrime est grandement basée sur les réflexes, elle demande une bonne condition physique.
C’est à ce stade que je réalisai que cet Art ne me conviendrait pas. Il faisait appel à l’intuition et aux sensations, relevant d’une sorte de danse rituelle à l’opposé de ma pratique arcanique habituelle. Je n’avais pas libéré mes mains d’un grimoire pour les alourdir d’une épée.
Je pris donc congé de X’rhun Tia. Il insista pour que je conserve le cristal et la rapière qu’il m’avait donnés et je ne voulais pas l’offenser. Je ne pense pas me resservir de l’épée, mais le cristal va m’être utile.

Cette expérience a confirmé mes études et observations antérieures. Magie noire et blanche ne sont que les deux faces du miroir de l’existence. L’une protège, l’autre détruit, mais les deux font partie du cycle, à condition de préserver l’équilibre. Ce qu’ils appellent magie rouge est une synthèse, une transmutation de deux flux en un seul, neutre.
Le cristal sert au mage rouge à concentrer son pouvoir sur les deux fréquences à la fois et s’il maintient la balance sa puissance est potentialisée. Cela compense le fait que les mages rouges utilisent seulement leur ether personnel, même si leur corps reste un facteur limitant. Leur pouvoir hybride est inférieur à celui d’un Blanc ou d’un Noir pur, mais il est plus versatile.

Je vais devoir mettre ce principe à profit pour résorber le cristal du Néant. Je consomme de plus en plus d’énergie pour le maintenir inerte et isolé, sa puissance croît avec la mienne et je ne pourrai pas atteindre mon plein potentiel tant que cette menace sera présente.
Modifié en dernier par Zaurak le 19 févr. 2019, 13:45, modifié 1 fois.
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Re: [Zaurak] Histoire et Journal de bord

Message non lu par Zaurak » 25 janv. 2019, 23:26

Journal de Zaurak Icewind
Dixième soleil de la sixième lune astrale


Kyuuji est venu me voir et je lui ai révélé la vérité. Du moins toute la partie qui me concerne.
Il est le seul à pouvoir m’aider, en étant mon ancre et mon guide comme j’ai été le sien. Lui est familier avec une pratique sensorielle et émotionnelle de la magie et sa puissance de Mage Blanc saura s’il le faut me ramener de force à l’équilibre.
Je lui ai montré le tracé sur ma peau et le schéma de ce qu’il deviendra si je réussis. J’ai refait tous les calculs plusieurs fois, cela devrait fonctionner. Ouvrir le réseau, puiser dans l’ether sombre du cristal pour lancer les sortilèges de magie noire, puis ceux de magie blanche avec le reste de mon énergie. Le cristal rouge me servira de catalyseur et de repère pour opérer ce tissage énergétique.
La seule inconnue réside dans le lâcher prise qu’implique le maniement de ces pouvoirs. J’ai vu ce que cela faisait à Valoroix, je l’ai vu aussi avec Kyuuji. L’impact émotionnel est colossal, je suis terrifié et je sais que la peur peut faire perdre le contrôle, surtout couplée à l’ivresse d’ether.
Kyuuji ne réalise pas ce qu’il risque d’affronter. Mais j’ai confiance en lui. Il fera ce qui doit être fait.
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Re: [Zaurak] Histoire et Journal de bord

Message non lu par Zaurak » 25 janv. 2019, 23:30

Dixième soleil de la sixième lune astrale

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Zaurak reposa sa plume, et repoussa une mèche de cheveux qui tombait sur ses yeux. Les dés étaient jetés, il avait lancé un processus qui devrait aller à son terme.
Il ferma les yeux, faisant appel à ses techniques de méditation pour apaiser la tension qui envahissait son corps et son esprit.
Tu réussiras.
Une présence. Une lueur à la lisière de son champ de vision, là où était posé le Compendium. Et cette voix, douce, un peu rauque, qu’il n’avait pas entendue depuis des années. Zaurak ouvrit les yeux et tourna lentement la tête, se demandant s’il était le jouet de ses désirs et de son imagination.

Un filet d’ether coulait du grimoire, à présent ouvert sur un tracé que le jeune mage ne pourrait jamais oublier. Le diagramme arcanique luisait d’une aura rouge, violette et bleue et peu à peu une silhouette translucide se matérialisa au milieu de la pièce.
Zaurak s’était levé et vint à la rencontre de Valoroix, qui leva une main spectrale pour la poser sur l’épaule de son disciple. Le contact fit frémir le hyurois. Les doigts éthérés glissèrent jusqu’au réseau lumineux de la base du cou, puis le suivirent jusqu’au plexus et au cristal sombre serti dans la chair. Zaurak eut l’impression qu’on lui plantait une lame brûlante dans le corps, mais il ne bougea pas, serrant les dents, le regard rivé à celui de son mentor.
L’elezen sourit et retira lentement sa main.
Tu n’as pas changé. Tout ce temps à t’observer, à te regarder grandir et apprendre. Ta volonté inflexible. Ta fierté, reflet de ma propre arrogance. Ton esprit si brillant. Je suis fier de toi.
En un instant le jeune homme sentit tous ses doutes s’évaporer. Mais il y avait un peu de tristesse dans sa voix quand il répondit.
«Je ne suivrai pas vos traces, maître. Je ne peux pas.»
Le sourire du fantôme éthéré s’étira légèrement.
Je le sais. Je l’ai toujours su, mais il fallait que tu le découvres par toi-même. Mon pouvoir t’a toujours fasciné et effrayé en même temps. Tu es fait pour une autre voie, et le moment approche où je pourrai tenir ma promesse…
Le regard de Valoroix se tourna vers le grimoire auquel il était toujours relié par un fin cordon d’éther scintillant.
Passe la dernière épreuve avec succès, et ce qu’il cache sera à toi.

La silhouette vacilla légèrement, devenant nettement plus transparente tandis que l’aura du Compendium baissait d’intensité. Zaurak se précipita vers le grimoire, mais la voix de l’elezen l’arrêta dans son geste.
Inutile. Je dois relâcher cette forme, mais je suis toujours là près de toi. Je reviendrai quand tu seras complet.

Désorienté, bouleversé, Zaurak vit le spectre d’ether s’évaporer tandis que le Compendium se refermait avec un claquement sec, son aura entièrement résorbée.
A nouveau seul dans le silence et la pénombre de son bureau, le jeune mage aurait pu croire à un rêve, s’il n’y avait eu les picotements qui parcouraient tout son corps, la douleur lancinante dans sa poitrine et les marques livides laissées sur sa peau par les doigts immatériels qui l’avaient touché.
Il avait besoin d’air. Délaissant son appartement, il marcha jusqu’à la jetée et finit par s’endormir sur le ponton de bois, bercé par le bruit des vagues.
Modifié en dernier par Zaurak le 19 févr. 2019, 13:52, modifié 1 fois.
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Zaurak
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Re: [Zaurak] Histoire et Journal de bord

Message non lu par Zaurak » 25 janv. 2019, 23:39

Journal de Zaurak Icewind
Vingt-sixième soleil de la Sixième lune astrale


Mes mains tremblent encore alors que j’écris… Je me suis réveillé totalement désorienté dans cette chambre étrangère après quelques heures d’un sommeil peuplé de cauchemars. Ma poitrine brûle d’un feu sombre et mon corps peine à retrouver son équilibre. Voilà donc ce qui se passe quand on séjourne dans le Néant, ou du moins dans un lieu qui en est proche.
Kyuuji n’était plus là à mon réveil, et je l’ai aperçu dans le jardin pendant que je me préparais un thé en cuisine. Il nous faudra parler de l’épreuve que nous avons traversée, mais pas tout de suite. Comme moi il doit retrouver un semblant de calme intérieur, même si je pense que ce sera difficile.
Je n’ai pas vu Solid. Il doit veiller sur Eylion. Je me demande dans quel état va être le miqote à son réveil. Séjourner dans ce lieu maudit et se faire posséder par un démon en prime… Il y a de quoi ruiner la santé mentale de n’importe qui. Mais cette demeure est chaleureuse, comme ses habitants. Quelle ironie de trouver refuge et amitié auprès de démons. Les parias rassemblent leurs solitudes, je suppose.
Solid a parlé d’un rapport à écrire. Je vais tenter de retranscrire mes souvenirs avec précision tant qu’ils sont frais dans ma mémoire. Chaque détail compte.

Notre équipe de secours était dirigée par Solid, celui qui me semble être le chef de la famille Shield. Il avait appris par un de ses frères qu’Eylion était retenu dans un lieu maudit situé au-delà de notre dimension.
Un homme taciturne nommé Taziel l’accompagnait et Kyuuji et moi avions été appelés en renfort.
Nous avons pu accéder au manoir par un portail de faille ouvert par une femme qui obéissait de mauvaise grâce aux demandes de Solid. La faille franchie nous nous sommes retrouvés dans le hall d’entrée de ce qui fut une somptueuse demeure, mais qui était visiblement altéré. J’ai immédiatement ressenti la faiblesse en ether de l’endroit et une empreinte diffuse de Néant.

Un grand miroir occupait le mur gauche et nous savions que les miroirs comme les tableaux en ce lieu servaient à sa maîtresse pour surveiller sa demeure. Cependant, ils pouvaient aussi cacher des énigmes qui nous fourniraient des clés pour ouvrir les portes enchantées du manoir.
Il n’y avait personne en vue et nous avons donc fouillé rapidement le hall, découvrant une horloge privée d’aiguilles, une lettre dans un tiroir de commode et une inscription derrière le miroir.

La lettre semblait anodine, mais nous allions découvrir plus loin ce qu’elle cachait vraiment.
En retournant le miroir nous avons trouvé une inscription :
Je danse avec vous sans jamais que vous me touchiez. Jamais vous ne me prendrez de vitesse. Je vous suis à la fois proche et éloigné.
Alors que je répondais «l’ombre», un creux apparut sous le texte, contenant un petit objet métallique rond parfaitement encastré, comme fraîchement coulé dans un moule. Un rouage mécanique.
Ceux qui examinaient l’horloge avaient trouvé en son sein des emplacements vides pour des engrenages et le rouage du miroir s’insérait parfaitement dans l’un d’entre eux. Solid sentait la présence de son frère resté avec Eylion derrière le mur gardé par l’horloge et il devint clair qu’il allait falloir trouver tous les rouages pour ouvrir le passage. Ainsi que les aiguilles du cadran.

Devant nous un escalier monumental menait à l’étage, nous l’avons emprunté et nous sommes arrivés dans une galerie de portraits. Toute la dynastie de la famille Delamone était représentée là. Les derniers tableaux de la rangée montraient un homme austère aux cheveux blancs, une femme à l’expression inquiète et une très belle jeune fille aux cheveux de neige. Viktor Delamone, Anita Delamone et Lucretia Delamone –aussi connue sous le surnom de l’Ecorcheuse.
Nous avons méthodiquement examiné tous les tableaux, qui semblaient nous suivre du regard tandis que nous opérions. Derrière les portraits de Lucretia et de ses présumés parents nous avons trouvé d’autres inscriptions.
De nouvelles énigmes, mais il nous a été révélé par la suite que chacune décrivait l’état psychologique des personnages qui les gardaient. Je me demande en rédigeant ceci qui a écrit ces mots dissimulés…
Viktor : Je vous hante dans les moments les plus sombres. Ceux qui choisissent de me garder ont affaire à ma sœur, la Folie. Je suis Répétition. Je suis Vice. Je suis Boucle Eternelle dans vos pensées.
C’est Kyuuji qui trouva le mot-clé. Rumination. Ironie cruelle car cela lui ressemble trop.
Lucretia : Je suis ce qu’on attend de tous sans qu’on puisse jamais l’atteindre. Ceux qui pensent m’avoir ont affaire à mon frère, l’Arrogance. Je suis Eternité. Je suis Vertu. Je provoque une soif qu’on ne peut étancher.
Je regardais le visage adorable de celle qui était devenue la maîtresse tortionnaire d’un manoir maudit. Perfection.
Anita : Je suis ce qui vous prend dans l’Inattendu et l’Inconnu. On ne me choisit pas, je suis ce qui vous garde aux côtés de ma sœur, l’Angoisse. Je suis Tourment. Je suis Emotion. Je suis ce qui vous paralyse.
La Peur était la réponse évidente.
Nous avions obtenu trois rouages supplémentaires, apparus derrière les tableaux de la même manière qu’avec le miroir. Et nous étions au bout d’un couloir devant deux portes verrouillées.

En examinant les portes, nous avons remarqué un petit emplacement cranté destiné à accueillir un rouage. Ainsi en plus de réparer l’horloge ils servaient de clé. Ils portaient étrangement tous une lettre gravée. Nous avions deux A et deux T et Taziel proposa le mot « Attaque ». Cela devait se révéler exact par la suite, même si nous n’avions aucune idée de l’utilité de cet indice.
Le rouage d’Anita ouvrit la porte de gauche. C’était une chambre de femme, à première vue rien d’anormal, avec un autre portrait d’Anita sur le mur derrière la porte. Sur ce tableau-là, la jeune femme portait des marques de strangulation. En fouillant nous avons trouvé une autre lettre dans la coiffeuse.
Solid examinait le lit, indiquant que le matelas était fortement creusé en son centre, comme si un corps s’y était incrusté. Tout portait à penser qu’Anita Delamone avait été assassinée, probablement par son mari s’il avait découvert son projet de fuite.
L’autre porte nous résista. Il fallait redescendre et chercher d’autres pièces, d’autres clés.

Au rez-de-chaussée une porte menait aux communs.
Nous avons eu la surprise de trouver des prisonniers enfermés dans une pièce. Plusieurs femmes et un xaela qu’on avait grossièrement maquillé pour qu’il ressemble à Solid. Il avait été torturé et crucifié et nous avons entrepris de soigner ses blessures pendant que Solid expliquait que les femmes étaient des sosies de celles qu’Eylion avait aimées. Apparemment l’Ecorcheuse exprimait sa jalousie sur ces personnes réduites à l’état de jouet vivant.
Le xaela nous posa un problème imprévu. Dès qu’il fut en état de se relever, il voulut partir en quête de vengeance et il fallut toute l’autorité de Solid et une promesse qu’on reviendrait les chercher tous pour qu’il accepte de rester avec les femmes tandis que nous repartions.

Un peu plus loin se trouvaient les cuisines et une salle à manger où nous avons rencontré le cuisinier du manoir, un roegadyn roux au tempérament craintif nommé Shelter. Il ne nous apprit pas grand-chose, mais il portait une montre et nous permit de savoir que Lucretia dormait et allait bientôt se réveiller pour l’Heure du Thé. Il fallait faire vite.

Le couloir s’achevait par une vaste salle de bal, au centre de laquelle un couple dansait en silence. Les deux partenaires avaient les mains liées par des épines qui leur perforaient les paumes et leurs visages crispés par la souffrance indiquaient qu’ils ne tarderaient pas à s’écrouler d’épuisement. Shelter nous apprit plus tard qu’il s’agissait d’arrivants récents qui avaient contrarié l’Ecorcheuse en refusant de se prêter à ses jeux cruels.
Un piano en parfait état était installé dans un angle. Solid joua quelques notes, pendant qu’on fouillait la salle sans y trouver quoi que ce soit de notable, hormis le mot « Ombre » gravé sur le piano au-dessus du clavier.

Il nous manquait toujours la clé de l’étage et nous n’avions pas trouvé l’accès au sous-sol.
De retour devant le miroir du hall, nous avons testé les rouages obtenus entre-temps, ouvrant une porte vers une cave encombrée de mobilier et d’objets enveloppés sous des draps et des tentures. Un examen des murs révéla un autre emplacement pour un rouage, où s’encastrait celui du portrait de Lucrétia.
Un passage secret s’ouvrit, donnant sur un couloir sombre dont le sol portait des traces anciennes. On avait trainé des objets lourds ici.
Au bout du tunnel, une salle ronde simplement occupée par un piédestal couvert de cercles magiques et de glyphes. Je compris rapidement en l’étudiant qu’il s’agissait de la sortie. Le schéma agissait comme un amplificateur d’ether et il ne manquait qu’un catalyseur pour ouvrir la faille dimensionnelle.
Nous avons testé les rouages et j’ai injecté de l’ether dans le tracé via les rouages. Celui de Viktor a ouvert une mince faille de Lumière, que j’ai refermée rapidement car l’ensemble était instable et aurait pu s’effondrer en absorbant le rouage si on l’avait gardé ouvert trop longtemps. Nous savions par où nous enfuir, il restait à trouver Eylion.

Il nous manquait toujours une clé. Et une montre. Alors nous sommes retournés dans la salle à manger et avons pris de force la montre de Shelter. Il n’a pas opposé beaucoup de résistance mais il s’est alors produit un évènement inattendu. Sa montre s’est arrêtée. Cela l’a terrorisé et il nous a dit que ça n’était jamais arrivé. Quelque chose se mettait en action dans le manoir, quelque chose qui peut-être voulait nous aider. Tant que l’Heure du Thé n’aurait pas sonné, l’Ecorcheuse dormirait. Du moins telles étaient en théorie les règles de ce lieu.

Nous sommes retournés à la salle de bal. Les danseurs s’étaient écroulés au sol.
Certains d’entre nous commençaient à entendre des voix. Solid avait entendu un gloussement quand la montre qu’il tenait en main s’était arrêtée. Et Kyuuji entendait à présent des pleurs de femme. Il s’avéra que seule la personne qui gardait la lettre d’Anita percevait ces sanglots. C’est alors Solid a vu des mots inscrits au verso de la lettre.
Donnez-moi une promesse, celle que vous donnerez à une mère esseulée. Une mère qui s’inquiète pour sa fille.

Depuis le début sa vision de démon pouvait lire nettement ces documents dont les caractères étaient comme flous pour mes yeux de simple mortel. Ces mots l’invitaient clairement à signer un pacte.
Solid releva la tête, s’adressant à une présence invisible.
«Anita, si vous m’entendez…Si j’arrive à sortir votre fille de cet enfer. Je vous promets de m’en occuper comme de ma propre fille. Sans l’enfermer dans cette prison infernale.»
En réponse, on entendit comme un soupir. Puis la lettre s’enflamma, obligeant Solid à la lâcher. Au sol le papier se recroquevillait, remplacé par la forme familière d’un rouage, tandis qu’à la limite de nos perceptions résonnait l’écho de voix du passé.
Une voix de femme terrifiée : Viktor ! je t’en supplie, non !
Une voix d’homme implacable : Je dois le faire. Je suis désolé. Tu m’as forcé la main.

Le silence retomba, le pacte était scellé. Et nous avions la dernière clé.

A l’étage la seconde porte s’ouvrit sur un bureau. Elégant, masculin. Une bibliothèque bien garnie. Au mur en face de nous un portrait de Viktor, mais avec la moitié du visage brûlée.
Kyuuji et moi avons examiné la bibliothèque pendant que Solid et Taziel fouillaient le bureau.
L’homme était indéniablement cultivé et mondain. Les livres d’une grande variété allaient de l’histoire à la magie, en passant par nombre d’essais et traités philosophiques. Les Vices et les Vertus revenaient souvent. Surtout les Vices, dont la libre expression était glorifiée dans nombre d’écrits.
Je remarquai des décalages dans l’histoire décrite par rapport à la nôtre. Solid et Taziel pensaient que la famille venait du Néant. Elle semblait en tout cas bien venir d’un autre monde que le nôtre.
Le livre d’histoire et un traité arcanique rejoignirent la première lettre dans mon sac.
Parmi les livres, nous avions découvert la première aiguille de l’horloge.

Dans un tiroir Solid trouva d’autres lettres. Mais cette fois elles étaient accompagnées de gravures réalisées à la plume en noir et blanc, d’un réalisme macabre. Elles montraient des hommes revêtus de toges et encapuchonnés occupés à torturer des femmes. Les détails des corps suppliciés étaient dignes de mes planches d’anatomie.
Les lettres confirmèrent ce que nous avions suspecté. Viktor faisait partie d’une sorte de secte dépravée qui laissait libre cours à ses plus bas instincts au cours de soirées rituelles dédiées à la torture d’innocentes victimes.
Le dernier tiroir livra une sorte d’épine de la taille d’un pieu. L’objet avait un potentiel ethéré, mais comme endormi. Solid le prit, tandis que je rangeai les lettres et les documents dans mon sac.

La pièce voisine était une chambre, ravagée visiblement par un incendie. Etrangement, le bureau attenant était intact. Ce feu n’était pas naturel.
Une commode intacte se dressait dans un coin, Kyuuji l’examina pendant que je m’avançais vers le lit brisé par la force des flammes qui l’avaient détruit. Il n’en restait que le cadre et au milieu les cendres traçaient au sol deux silhouettes enlacées.
Kyuuji découvrit alors la seconde aiguille de l’horloge et à l’instant où il la toucha un autre écho du passé se fit entendre. Une voix d’homme, celle de Viktor et une voix de femme, avec le crépitement de l’incendie en fond sonore.
Homme : Tu savais…
Femme : Je savais. Pas tout de suite mais j’ai su… pour le sous-sol…(la phrase s’achève dans un sanglot)
Homme : Ne pleure pas, ma petite… Ma tendre petite…
Femme : Pourquoi, papa, pourquoi…
Homme : Parce que je t’aime, ma petite… Il n’y a rien de mal à ce que j’ai fait. Je l’ai fait pour toi mais… Arrêtons de parler, partons d’ici… Qu’est-ce que tu fais ?
Femme : Non… (sanglot déchirant). Nous resterons. Car je suis une fille modèle. J’ai été la Cause. Je serai le Prix. Ensemble pour l’Eternité. (Elle éclate d’un rire discordant, dément). Je nous maudis, Père. Que le Temps me soit témoin. Je nous maudis pour l’Eternité.
Homme : Non ! Lucrétia…


Dans le silence retombé nous nous sommes tous regardés. Puis nous avons pris la dernière aiguille et nous sommes descendus à l’horloge, pour remettre en place toutes les pièces. Le mur s’est alors ouvert sur un couloir descendant que nous avons emprunté.
Le début du cauchemar nous attendait en bas.
Dans une vaste salle de pierre circulaire plongée dans une pénombre surnaturelle, des dizaines de cadavres de femmes nues étaient accrochés au mur par des crocs de boucher. Toutes portaient des traces de tortures, écorchées de manière variées et toutes avaient un sac en tissu sur la tête masquant leur visage.
Au centre de la salle, un lit comme on en trouve dans les salles d’opération, avec des sangles, imprégné de sang.
Et juste derrière, Eylion, debout devant un entrelac de ronces énormes dont il était manifestement sorti.
Il portait une tenue de majordome et son œil droit était remplacé par une pierre noire sertie d’un cercle démoniaque rouge. L’autre œil était en grande partie noir, ne laissant qu’une faible lueur d’azur.
Il esquissa un sourire en coin en nous voyant, tout en réajustant sa veste.
"Je vois qu’on a des invités…" dit-il avec nonchalance tout en tirant une montre de sa veste pour la consulter.

Derrière nous, un bruit se fit entendre.
Lucrétia était là, aussi trompeusement belle que sur son portrait. Tandis qu’elle bloquait le passage avec les ronces qui poussaient depuis son dos, Eylion –visiblement possédé- proposa de faire de nous des jouets.
Le combat s’engagea.
Eylion maniait avec aisance un ether de flammes bleues qui nous blessèrent sérieusement et Solid donna le signal d’un assaut concerté visant à détruire la créature qui remplaçait son amant. Son frère Frozen sortit de l’ombre d’Eylion et rejoignit Solid pour l’aider.
Tandis que Solid tenait en respect l’Ecorcheuse et ses ronces à coup de provocations et de lame éthérée, nous tentions de neutraliser le miqote, qui finit par reculer, blessé, avant de se ressaisir.
D’une voix venimeuse, il déclara
« On dirait bien qu’ils ont l’air de se débrouiller, Mademoiselle. Mais voyons comment ils s’en sortent face à leurs propres démons ! »
Eylion écarta les mains, deux flammes d’un bleu obscur s’en dégageant. Son sourire devint extatique. Les deux flammes s’élevèrent au-dessus de ses paumes, s’étirant en deux lignes qui se démultiplièrent rapidement dans toute la salle. Des arabesques complexes se formaient, entourant tout notre groupe. En une fraction de seconde la chaleur devint étouffante et nous emporta dans une chute vertigineuse. Il ne restait que les ténèbres.

Puis l’air s’éclaircit. Nous étions ailleurs.
Un castrum garlemaldais. Une sorte d’estrade. Devant l’estrade une vingtaine de jeunes hommes et femmes rassemblés. Un ou deux hyurs, presque que des raens.
Sur l’estrade, Kyuuji, encadré par deux officiers garlemaldais.
Tous revêtus de l’armure réglementaire impériale.
Face à Kyuuji se tenait un couple de personnes âgées.
D’un geste, le prêtre impérial invoqua des énergies magiques, on reconnaissait le Vent. Il s’en servit pour venir torturer le couple, les empêchant de respirer. Puis son méfait accompli, il se tourna vers nous, se préparant à nous réserver le même sort…

A mes côtés, le vrai Kyuuji était tombé à genoux, la tête entre ses mains, la bouche grande ouverte dans un hurlement silencieux. Je me sentis soudain étouffer. J’entendis Kyuuji crier, je vis Taziel tirer désespérément sur son col, un genou à terre, puis se relever et marcher sur l’ennemi, dague en main. Le coup fut porté, le sang coula. Ce n’était pas une illusion. Je parvins à me soigner. Je vis Solid avancer, épée brandie, le visage crispé de douleur. Il leva sa grande lame chargée d’ether et frappa de haut en bas de toutes ses forces, fendant en deux l’impérial qui parut se dissoudre pendant que le décor basculait.

Nous étions à nouveau dans le noir, mais autour de Solid des filaments de lumière apparaissaient, devenant des tentacules d’énergie dorée qui nous saisirent pour nous attirer lentement vers un noyau de Lumière pure. Taziel et Solid se débattirent furieusement et parurent changer sous ce contact.
Tandis que nous luttions pour nous défaire de ces liens, Taziel et Solid perdaient peu à peu leur apparence démoniaque. L’armure et l’épée de Solid s’évaporèrent, tandis qu’il prenait l’aspect d’un hyurgoth. De son ombre, Frozen se dressa, tranchant le tentacule de lumière et libérant in extremis son frère.
Dans une explosion de cristal, la Lumière se replia sur elle-même et le décor se brisa une nouvelle fois.

Ce qui a suivi fut une plongée dans ma mémoire…et dans mes peurs les plus profondes.
Quand le froid glacial et les neiges du Coerthas nous ont entourés j’ai compris ce qui allait suivre. Mais je ne pouvais rien faire pour l’empêcher. J’ai vu la maison et les soldats, j’ai vu Valoroix entamer son rituel destructeur… et puis je me suis retrouvé à sa place.
J’ai senti le pouvoir couler dans mes veines, le feu surnaturel m’embraser tandis que mes doigts traçaient les glyphes et que ma voix s’élevait au rythme des incantations. J’ai senti la faille s’ouvrir derrière moi et la puissance ténébreuse affluer dans ma poitrine. La douleur était pire que jamais, mais l’extase qui me submergeait la reléguait au second plan. J’ai levé les bras et relâché les sortilèges en une explosion colossale. La maison a été pulvérisée et j’ai vu les soldats s’écrouler dans la neige. Mais ce n’était pas fini…
Mon corps brûlait, partagé entre l’ether de deux mondes. Et mon âme ne voulait qu’une chose. Recommencer.

Désorienté, je me voyais moi-même comme dans un miroir. Sauf que mon reflet essayait de nous anéantir et y réussissait plutôt bien. La première vague avait laissé Taziel sur le carreau et je me sentais à bout de forces, dévoré par la douleur du cristal sombre. Je parvins à réunir assez de concentration pour lancer un sort de soin sur Taziel qui reprit conscience. Kyuuji m’enveloppa d’une douce lumière qui apaisa la brûlure et me permit de me ressaisir tandis que Solid chargeait mon double et que Taziel l’achevait d’une dague lancée en pleine tête.

Le monde bascula une dernière fois, pour nous offrir le cauchemar de Taziel.
La vision était étrange. Dans un paysage sombre, un Taziel plus jeune se tenait à genoux dans une pièce dont les murs étaient constitués de fumée noire. On pouvait deviner des mains formées de la même matière, et parfois des yeux rouges nous observaient. L’homme avait la tête baissée, les mains liées par des chaînes de fumée noire. La seule lumière tombait du plafond et n’éclairait que lui.
Notre Taziel fronçait les sourcils comme tentant de se souvenir de quelque chose, puis il écarquilla les yeux.
Soudain une forme spectrale se forma en face du jeune homme. Une silhouette humaine au corps de flamme bleu-violet, aux yeux bleus scintillants, un cristal rouge ornant son front. Le garçon releva les yeux vers elle.
La forme spirituelle tendit alors la main vers le jeune Adam, qui se fit attirer dans le sol même, disparaissant dans un cri d’effroi à glacer le sang. La créature tourna alors lentement son regard vers le groupe, en silence.
Alors que Solid et Taziel se préparaient à l’attaquer, l’être soumit le groupe à un sortilège de contrôle mental, nous poussant à nous entretuer.
Kyuuji et moi avions pu résister, mais il en allait autrement des deux démons, qui se retournèrent vers nous. Kyuuji concentrait son ether pour pouvoir nous remettre tous en état après les assauts cumulés de nos cauchemars et s’il était interrompu c’en était fait de nous tous. Usant de mes dernières ressources, je formai un glyphe de défense et élevai un dôme de force devant moi. Taziel et Solid se heurtèrent à la barrière magique et Taziel reprit ses esprits, faisant demi-tour pour aller planter sa dague éthérée dans le cristal frontal de son double.
Cette fois c’était terminé.

Nous étions à nouveau dans la salle sinistre du manoir.
Eylion se prit la tête en hurlant, visiblement frappé par le contrecoup de son attaque mentale. Lucrétia hurla à son tour, enragée de voir son favori blessé.
Solid ne renonçait pas à la convaincre. Récupérant Eylion évanoui dans ses bras, il revint vers l’Ecorcheuse, mais cette dernière commençait à rassembler ses ronces pour frapper. Kyuuji relâcha son aura bienfaisante, nous redonnant à tous un regain de vigueur bienvenu, tandis que je soufflai à Solid d’utiliser la grande épine que nous avions trouvée pour poignarder l’ombre qui possédait Eylion. Il s’exécuta, imprégnant l’arme improvisée d’ether et l’ombre se mit à hurler comme si elle était vivante, avant de disparaître.
Cela n’eut pas l’effet escompté sur Lucrétia, pourtant. Ivre de rage, l’Ecorcheuse invoqua son Arrêt du temps. Sous ses pieds un immense cadran apparut, dont les aiguilles avançaient lentement. Nous savions que le moment où le Temps se figerait signifiait notre mort, voire pire.
Je parvins à briser une aiguille, Kyuuji écrasa l’autre avec le pouvoir de la Terre. Le sortilège était rompu.

Solid profita du répit pour revenir à la charge.
« Lucrétia ! Votre mère m’a fait tenir une promesse ! »
Elle répondit d’un ton angoissé
« l’Extérieur…dangereux… je vous anéantirai tous… je suis une Fille modèle…Parfaite… »
Je ne pus m’empêcher de répliquer
« La perfection n’existe pas. »
Et Kyuuji poursuivit
« Vous êtes emprisonnée… maltraitée… victime. »
Motivé, Solid ajouta
« Vous n’avez pas besoin de faire quoi que ce soit pour être parfaite. Votre mère vous aimait comme vous étiez. Et je lui ai promis que je prendrais soin de vous. »
Les yeux de Lucrétia virèrent au noir absolu, tandis que sa voix changeait, inhumaine
« Je vous anéantirai… TOUS. PERSONNE NE VIENDRA DETRUIRE CE MANOIR ! »

Les ronces se dressèrent, se jetant sur nous pour nous transpercer, tandis que du coin de l’œil nous remarquions que les corps mutilés suspendus commençaient à bouger.
Kyuuji tomba à genoux, invoquant son Kami protecteur. Un vent protecteur nous entoura et repoussa nos ennemis. Les ronces reculèrent, tandis que les corps projetés contre les murs s’immobilisaient, leur éveil contré par l’énergie apaisante.
C’est alors que je remarquai l’ombre de l’Ecorcheuse. Ce n’était pas celle d’une jeune fille, mais d’un homme. Voilà où était passé le Père. Horrifié, je réalisai que l’union incestueuse de ces deux-là avait fini par se produire et que si on voulait libérer Lucrétia il fallait, comme pour Eylion, détruire l’ombre qui la possédait.
Je fis un pas en avant et soufflai à Solid
« Plantez l’épine dans l’ombre de Lucrétia. »
Solid ne chercha pas à comprendre, il prit la direction d’un assaut concerté visant à distraire l’Ecorcheuse pour lui permettre d’agir. Taziel se glissa à travers les ronces pour prendre la jeune fille par surprise, lui pointant sa dague dans le dos. Kyuuji et moi utilisions notre magie en soutien.
Solid enfonça l’épine chargée de son éther dans l’ombre masculine.
L’arme s’embrasa et le démon dut la lâcher. Lucrétia et l’Ombre se mirent à hurler de douleur, accompagnés par les cris émanant des corps suspendus. Quand ce concert d’agonie s’acheva, l’Ombre se dissipa et les corps retombèrent comme des marionnettes privées de leurs fils. Lucrétia s’effondra à genoux, en pleurs, tandis que les ronces disparaissaient. Les murs du Manoir tremblèrent un moment avant de se stabiliser et le silence retomba, seulement brisé par les sanglots de la démone.

L’opération était quasi terminée.
Redoutant que la dimension ne s’effondre sur elle-même maintenant que la malédiction était rompue, nous avons évacué les lieux au plus vite.
Taziel portait Lucrétia, en état de choc.
Eylion fut confié à Frozen, qui avait la capacité de l’emporter à travers les ombres.
Les prisonniers furent évacués ainsi que le personnel. La gouvernante-succube étant morte, les autres allaient devoir se réintégrer au monde réel et ce fut Shelter qui étonnamment prit la tête de leur groupe.

Nous nous sommes retrouvés au QG de la Brigade Rouge, la demeure des Shield.
Taziel a remis Lucrétia entre les mains de Frozen, presque par jeu. Frozen ressemble à un enfant et il l’appelle «sa princesse charmante». Qui sait cela pourra peut-être l’aider à sortir de sa catatonie.

Dès que tout le monde sera remis, il nous faudra discuter.
Nous avons vécu des moments traumatisants, tous autant que nous sommes.
Solid m’a déclaré qu’il me devait un service. Venant d’un démon, cela est un engagement que je ne prends pas à la légère. J’aurai très probablement besoin de cette aide. Il n’est plus question que je m’engage dans le processus de neutralisation du cristal en étant seulement assisté par Kyuuji. C’est bien trop dangereux.
J’ai vu de quoi je suis capable si ce pouvoir s’éveille. J’ai goûté à la destruction. Et j’ai aimé ça.
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Zaurak
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Re: [Zaurak] Histoire et Journal de bord

Message non lu par Zaurak » 25 janv. 2019, 23:42

Journal de Zaurak Icewind
Troisième soleil de la sixième lune ombrale


Les épreuves s’enchaînent.
Après l’expédition du manoir j’ai croisé Eylion. Je n’ai pas eu le temps de lui parler, mais il semble aller bien. Il a vieilli et grandi, il n’a plus l’air d’un adolescent mais d’un adulte.
Je ne sais pas ce que la Brigade Rouge a fait de Lucretia, mais après tout, qui mieux que des démons peut gérer un démon ?
Il en va autrement de Kyuuji et moi. Je commence tout juste à retrouver un semblant d’équilibre mental, et pour Kyuuji je sais que même s’il ne montre rien il a été profondément ébranlé par notre aventure.
Il m’a révélé une mutation qui l’affecte depuis peu.
Son ether se modifie et une plaque d’écorce a commencé à remplacer les écailles sur un de ses bras. Je pense que son corps se transforme en réponse à son désir profond d’harmonie avec la nature. Il avoue lui-même se sentir parfois plus proche des arbres que d’une humanité qui l’a souvent déçu. Le processus ne le fait pas souffrir et il est pour l’instant limité, mais cela pourrait s’amplifier. L’Arbre de Vie pourrait devenir bien plus qu’un symbole.
Je ne veux pas perdre Kyuuji. Pas ainsi. Il mérite mieux que ce qu’il s’autorise. Je lui ai fait promettre de ne pas disparaître sans me prévenir. Je sais qu’il tiendra cette promesse.

Avais-je eu une intuition ? Ce qui s’est produit ensuite aurait bien pu nous arracher pour de bon cet être si sensible.
Alors que je visitais Kyuuji pour tenter de progresser sur cette mystérieuse écorce, je l’ai trouvé effondré. Il avait visiblement pleuré. Et alors que je me demandais comment l’aider, me sentant incroyablement impuissant et stupide, il me révéla que Gaelle était partie.
Au premier abord je crus que son épouse l’avait tout simplement quitté, chose surprenante mais somme toutes relativement banale, mais la suite m’amena à comprendre que je m’étais mépris.
La prêtresse avait été rappelée par sa déesse et Kyuuji avait assisté à sa disparition de notre monde.
Je tendis à Kyuuji la flasque d’alcool fort que je garde toujours dans mon sac pour les urgences de ce genre et il parvint à m’expliquer la situation.
Gaelle n’était pas morte. Son ether avait juste été rappelé par les Douze pour une mission divine. Kyuuji l’avait tenue dans ses bras pendant qu’elle se dissolvait dans la Lumière.
Je me souvins avoir remarqué la distance de la jeune femme le soir du spectacle. Elle semblait absente, ne mangeait pas. Kyuuji me disait que cela durait depuis des semaines, la prêtresse passant tout son temps en prières, se préparant à quitter le monde physique.
Kyuuji était accablé par le chagrin, mais étrangement je sentais qu’il acceptait cette perte. Parce que c’était la volonté divine et qu’il pouvait comprendre ce sacrifice.

Je tentais de le réconforter du mieux que je pus, me sentant horriblement maladroit, mais cela sembla fonctionner. La conversation dériva alors sur le manoir et plus précisément sur la vision que je leur avais offerte de la face cachée de ma vie.
Kyuuji m’interrogea, hésitant, focaliser son attention sur un autre sujet le détournait momentanément de sa douleur et je voyais l’inquiétude s’ajouter à la tristesse dans son regard. Je répondis franchement à toutes ses questions. Il en avait besoin et moi aussi.
Je lui ai tout dit. Presque tout. Trop sans doute. Assez pour en être moi-même surpris rétrospectivement, mais sur l’instant je ne pouvais tout simplement pas lui refuser ma confiance. Et je ne suis pas convaincu que ça l’ait rassuré. Il sait que je porte un héritage sombre et il a peur que je ne bascule dans les ténèbres.
Je ne peux pas lui reprocher une crainte que je partage. Mais j’espère que me voir rester solide et déterminé suffira à l’apaiser.

La visite impromptue du frère adoptif de Kyuuji fit diversion. Venceslas est un hyurois aux allures désinvoltes, qui s’est installé dès son arrivée comme s’il était chez lui, mais sous ses dehors provocateurs j’ai surpris dans son regard une inquiétude sincère.
Il était accompagné d’une amie raenne, Furan, présentée comme une déserteuse de l’armée garlemaldaise. Je N’ai pas encore parlé avec Kyuuji de son passé militaire et de la scène de torture du manoir, mais je suppose que cette femme appartient à cette période. Elle et Venceslas ne cessaient de se lancer des piques, ils se connaissent visiblement bien.
La conversation est restée assez neutre, portant entre autres sur le sujet de l’aura de Kyuuji, qui fait pousser les plantes par sa seule présence, ce qui a occasionné quelques incidents de jardinage. Furan intriguée par mes remarques m’interrogea sur mes compétences. Tandis que nous comparions les approches logiques et instinctives, je réalisai que Furan avait peut-être mis le doigt sur la nature du problème.
Kyuuji étant un sensitif qui fonctionne à l’empathie, il se peut qu’il étende instinctivement des sondes éthérées, en dessous du seuil de sa conscience, déployant sa présence vers les végétaux alentour sans même s’en rendre compte.

J’ai pris congé en le laissant avec son frère, mais je suis revenu le voir quelques jours plus tard, le trouvant près d’une cascade dans un recoin de Lavandière. Il semblait étonnamment serein et tenait dans ses bras une sorte de pois vert géant surmonté d’une feuille qui prit la fuite en me voyant.
Tandis que je m’installais sur le rocher plat qui allait nous servir de banc, il m’expliqua que la créature était un Kamuy, un esprit végétal. Pas un de ceux de la Sylve, qui ne se montrent pas aux hommes, mais un être invisible que les chamans pouvaient détecter, révéler et lier à eux.
Le pois vert se nommait Yainu et était lié à Nukh, un membre de la Brigade. Mais il accompagnait pour l’instant Kyuuji, dont l’aura le nourrissait et cette compagnie paraissait faire le plus grand bien à mon ami.

Je demandai des nouvelles des Shield, apprenant ainsi que des rumeurs avaient été répandues au sujet de la Brigade, suite à un traquenard tendu au plus vulnérable d’entre eux. Quelques témoins avaient entrevu sa nature démoniaque et Gridania commençait à remettre en cause leur présence.
Kyuuji m’expliqua aussi que Lucretia et Eylion avaient conclu un pacte et que c’était la démone qui avait permis au miqote d’atteindre le stade adulte de son développement. En échange ils restent liés, avec pour objectif de permettre à Lucretia d’évoluer vers une identité propre.

Je me penchai ensuite sur l’étude de l’aura passive de Kyuuji. Je pus confirmer en l’observant l’existence d’un champ de diffusion faible et chaotique.
Je demandai à Kyuuji de se concentrer, de s’harmoniser avec la nature comme il le faisait quand il méditait. Comme prévu, je vis le champ s’intensifier et s’élargir.
Je l’invitai alors à se concentrer plus précisément sur la zone de l’écorce de son bras, à s’harmoniser avec cet ether différent. L’aura se stabilisa, les ondes désordonnées s’apaisant. Suivant mes directives, il suivit mentalement la circulation de cette énergie en lui et je sentis le niveau énergétique monter fortement.
Je lui demandai ce qu’il avait fait et il me donna la clé.
Il avait pensé à ce qu’il aimait dans la Nature, ce qui l’attirait. L’écorce servait à cela, elle était un canal à double sens. Il transmettait son amour de la nature, son désir de fusion. Et la Sylve répondait à ce désir profond en tentant de le transformer en arbre. Et plus il se sentait mal, plus il rejetait sa nature humaine pour souhaiter se réfugier dans la paix végétale, plus la transformation serait forte.
S’il ne voulait pas se réveiller un jour enraciné, il devait apprendre à aimer autant sa condition d’homme que la nature autour de lui. Mais je n’ai pas eu besoin de le lui dire, il l’a compris de lui-même.
Il va devoir travailler à cet équilibre, qui lui permet de contrôler la diffusion de son aura.

Nous avons ensuite parlé de mon propre équilibre, et je lui ai expliqué mon nouveau plan. Si Solid ou l’un des siens est capable d’extraire l’empreinte du Néant, Kyuuji pourra m’injecter de l’ether blanc en parallèle et je n’aurai plus qu’à retisser le réseau. Cela devrait fonctionner.
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Zaurak
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Re: [Zaurak] Histoire et Journal de bord

Message non lu par Zaurak » 21 févr. 2019, 17:57

22e soleil de la première lune ombrale

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Le Mor Dhona s’éveillait sous l’improbable lumière du soleil réfractée par les drapés d’énergie éthérée qui flottaient dans l’atmosphère. Le lac luisait comme un miroir d’argent dans une aura rose pastel.
Tout était calme, parfaitement silencieux. Etrange et magnifique.
Zaurak repoussa la couverture dont il était emmitouflé et se leva pour étirer son corps engourdi. Les nuits étaient froides dans cette région et le thé qu’il mit à chauffer serait le bienvenu.
Il puisa quelques fruits dans les provisions de Morgause. Juste pour le plaisir du goût. Il n’avait pas faim. Il se sentait en pleine forme alors qu’il avait très peu dormi depuis deux jours. Il releva sa manche et contempla un moment le réseau bleu qui luisait faiblement, chargé d’énergie. Baigner dans l’ether libre ambiant stimulait son corps à un niveau supérieur aux besoins de base, supprimant temporairement les contraintes physiologiques.

Le jeune homme s’installa confortablement, sa théière à portée de main. Son carbuncle veillait à ses côtés. Une autre journée d’attente s’annonçait. Il replongea dans la méditation et l’introspection qui étaient son lot depuis deux jours.
La discussion avec Kyuuji avait servi de révélateur. Le raen s’était montré précis et percutant dans ses raisonnements, manifestant une clarté de vision que Zaurak n’avait pas vue en lui depuis bien longtemps. Quoi qu’il soit arrivé à Kyuuji, il avait à ce moment oublié ses doutes, ses hésitations, ses blocages et il avait trouvé tranquillement le point de rupture de l’histoire qu’ils exploraient.
Zaurak grimaça.
Quelle ironie terrible que son ami refasse surface juste quand lui-même se sentait sombrer.

Kyuuji avait mis le doigt sur un fait qu’Agarthas avait déjà soulevé et que Zaurak avait refusé de voir jusqu’à cet instant. Il y avait des incohérences dans la chronologie et une seule explication possible : la mémoire de Zaurak avait été altérée pour qu’il n’ait pas souvenir de cette période pendant laquelle Valoroix avait été capturé et détenu par l’inquisition ishgardaise.
Zaurak avait ensuite suivi son ami jusqu’au refuge des Shield. Il avait ramené le Compendium à la Brigade, songeant que ses amis démoniaques restaient paradoxalement le meilleur rempart contre un risque éventuel.

Il s’était endormi, mais son sommeil agité avait été peuplé de cauchemars.
Dans son esprit se bousculaient des visions dont il ne savait plus si elles étaient des souvenirs, des rêves ou des illusions. La neige, toujours. Un incendie, une forêt, des hurlements. Des cadavres, du sang sur ses mains. Un laboratoire, une salle d’opérations. Son corps supplicié et extatique parcouru par la magie. Les doigts fins de Valoroix traçant les glyphes sur sa peau et dans une inversion vertigineuse ses propres mains lui rendant la pareille. Une clairière et un arbre immense au centre, enserré par des chaînes. Morgause l’épée à la main, environnée de flammes rouges…

La douleur lancinante dans sa poitrine l’avait réveillé. Il avait ouvert les yeux parmi les plantes que la détresse de son ami avait encore fait grandir, puis s’était glissé silencieusement hors de la chambre, errant au hasard dans la demeure jusqu’à s’y perdre. Ses pas l’avaient conduit dans les rues désertes sous le couvert des étoiles, jusqu’à la maisonnette de Kyuuji.
Tandis qu’il marchait, l’air vif de la nuit et l’effort physique avaient dissipé les brumes de son esprit. Sa désorientation avait fait place à une émotion brute. Chagrin. Incompréhension. Colère. Sa vision s’était troublée, et sans trop savoir comment il avait poussé la porte et franchi le seuil de la maison de son ami.
Il s’était retrouvé dans un fouillis végétal pire que ce dont il se souvenait. Il s’était effondré au milieu des feuillages et des fleurs, baigné dans les parfums et noyé dans l’aura réconfortante de ce fragment de sylve qui apaisait la brûlure terrible de son corps et de son âme. Tandis que ses larmes coulaient enfin, il était resté un long moment prostré sur le sol, ravagé par ce torrent incontrôlé issu du plus profond de lui-même, jusqu’à ce que l’épuisement le gagne.
Il s’était réveillé plus calme et avait regagné le refuge de la Brigade Rouge. Le vernis de la normalité avait repris sa place tandis qu’il organisait avec Kyuuji la suite des recherches concernant Morgause.

Le vernis était mince, cependant. A présent, une fissure s’était formée dans la surface impeccable. Une brèche qui ne demandait qu’à s’élargir.
Debout sur un bloc de cristal, au bord d’un lac d’ether, Zaurak contemplait la surface luisante. Au-delà de son propre visage, il devinait une autre silhouette, invisible et familière. Echo, reflet, maître et disciple. Expérience et héritage. Le sens d’une vie entière soudain brisé par le doute.

Pourquoi, Maître ? je vous aurais suivi sans cela… je vous l’avais promis… je le voulais… Pourquoi ces mensonges ? Vous ai-je donné des raisons de vous défier de moi ? POURQUOI !?


Le grognement dans son dos fit prendre conscience à Zaurak du fait qu’il avait crié. Il fit volte-face, son regard se focalisant sur le géant qui fonçait vers lui, sa massue levée dans un geste sans équivoque.
Le jeune mage n’eut pas le temps de réfléchir. Il tendit la main.
La douleur explosa dans sa poitrine en écho à la souffrance qui brûlait son âme, tandis que son désespoir et sa colère se concentraient en une énergie dévastatrice. Les runes du réseau s’activèrent, parcourues d’une coulée d'ether rouge et violette qui jaillit du coeur vers l’extrémité des doigts, entourant la main du mage d'une aura ardente.
Zaurak forma un glyphe, traçant des lignes de feu qu’il modela en une sphère incendiaire. Le géant fut fauché en pleine course par la boule de feu et ne se releva pas.
Les doigts du mage fumaient et sa fureur était loin d’être assouvie. Elle se changeait en une rage froide, un besoin de destruction auquel il n’était plus en état de refuser de céder. Apercevant d’autres géants un peu plus loin ainsi que quelques bêtes sauvages, il se mit en marche, avançant droit devant lui tout en pulvérisant méthodiquement chaque être vivant qui entrait dans son champ de vision.

Zaurak ne reprit ses esprits qu’après un long moment.
La douleur issue du cristal avait supplanté la sombre jouissance du pouvoir qu’il relayait et le réseau surchargé s’était embrasé avant de s’éteindre, désactivé par ses propres mécanismes de protection. Ayant largement puisé dans son ether, le jeune mage en subissait à présent le contrecoup physique. Il frissonna et ce n’était pas de froid, même si sa veste n’était plus qu’une loque à moitié brûlée. La rage avait disparu. Le chagrin aussi. Il se sentait vide et étrangement serein.
En se retournant il aperçut le camp au bord du lac et un chemin de mort balisé de dépouilles calcinées encore fumantes. Plusieurs géants. Une poignée de loups. Peu importait en fait. Il savait qu’il aurait abattu de la même manière des humains s’il y en avait eu sur son passage.
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